Un peu de poésie d’évasion : Des livres ? Soit…

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Bien le samedi bande de poésies, nouveau bonjour et nouveaux gens !… Et bizarrement je trouve cette formulation beaucoup plus intéressante que la classique, pas vous ? Enfin bref ! Laissons aux siècles suivants le soin de décider si j’ai eu un trait de génie ou une parole qui sera oubliée à jamais. On se retrouve pour un nouveau rendez-vous poétique, j’ai enfin trouvé de la matière, et je vous propose une poétesse française qui s’appelle Sabine Sicaud. La connaissiez-vous déjà ? Moi pas du tout ! Elle est née en 1913 et morte en 1928 d’une ostéomyélite (une sorte de gangrène des os). 15 ans à peine, et pourtant un talent à couper le souffle : à déjà 11 ans elle avait remporté de nombreux prix littéraires, ses premiers recueils respirent la joie de vivre. En 1958 paraissent ses derniers poèmes à titre posthume, et ceux-là racontent toute la souffrance et la volonté désespérée de vivre encore un peu. Pour moi, s’il faut rajouter une injustice à celle de voir quelqu’un d’aussi jeune et aussi talentueux mourir à petit feu, c’est bien que personne ou presque ne se souvienne assez d’elle pour la faire vivre dans la mémoire collective. Au diable Victor Hugo, de toute façon celui-là même quand on l’oublie il nous revient en pleine figure. Essayons de réparer ça avec un très beau poème intitulé « Des livres ? Soit… », dans son recueil Poèmes d’enfant.

Des livres? Soit. Mais en hiver.
Que le jardin soit gris, la vitre grise!
Que la brise, dehors, soit de la bise
Et la chaleur, dedans, celle de tisons clairs.

Des livres… Mais un ciel de Londres
Et des larmes, sur les carreaux, en train de fondre…

Manteaux sentant le vétiver –
Chats en boule, manchons, marrons, l’hiver!

Alors, si vous voulez, un livre -pas des livres –
Un seul, mais beau comme le printemps vert,
L’été doré, le rouge automne grand ouvert,
Plein d’oisillons bavards et de papillons ivres!

Lequel m’offrirez-vous, lequel
M’apportera cela, demain, père Noël?

Des images, bien sûr… C’est le temps des images.
Saluons-nous, Bergers, Rois Mages!
Et des contes… Bonjour, prince Charmant!
Et de l’histoire… -que vois-je, mais autrement –
Et des voyages… que me gâtent les naufrages!
Père Noël, père Noël, ne cachez-vous
Dans votre hotte, un brin de houx,
Dans votre barbe, un grain de givre?

Ne remplaceraient-ils ce gros livre, entre nous?
Mon livre à moi n’est pas un livre
Comme ceux qu’on imprime, et, jusqu’au bout,
Vos feuillets bien coupés, je ne pourrais les suivre.

On ne lit pas un conte… On s’en souvient.
Je l’écoute, brodé par les flammes dansantes,
Ceux qu’on ne me dit pas, je les invente!

L’Histoire? Un conte aussi. Pour les voyages, rien,
Rien, sachez-le, ne me retient
Si quelque oiseau bleu me fait signe.

Quant aux poèmes… soit. Nous attendrons l’été.
L’été n’a pas besoin de rimes qui s’alignent.
Attendons seulement le pourpre velouté
De cette rose que je sais, près de la vigne…

Ce poème est vraiment très riche, léger, et surtout magnifique ! On dirait presque une berceuse qui invite à faire de beaux rêves, et en même temps pour une fois, on a envie de poser ces fameux livres pour aller voir dans le jardin s’il fait beau et s’il y a des papillons à suivre. La vie et l’énergie de l’enfance débordent de chaque vers du poème ; ni les vers ni les strophes ne s’accordent en nombre, le poème est aussi libre que s’il avait des ailes ! En quelques mots, la jeune Sabine recrée tout un paysage hivernal : cette saison où l’on lit les livres bien au chaud à l’intérieur au coin du feu, derrière la fenêtre froide et les arbres nus ; on se souvient encore du printemps coloré et vivant, que l’on retrouve dans les livres parfois ; mais en même temps, on est happé par la magie de Noël, l’imagination qui explose à l’approche des fêtes ou tout simplement en regardant les nuages, et la neige bien lisse qui n’attend que d’être façonnée. L’image du conte brodé par les flammes particulièrement me met des paillettes dans les yeux et dans la tête. Finalement, les livres apparaissent bien ternes face à l’imagination pure et à la nature, quelle que soit la saison. Même les poèmes qu’elle écrit si bien lui semblent peu de chose à côté des couleurs d’une fleur. En fait, elle me fait beaucoup penser à Alice au Pays des Merveilles ! Rappelez-vous, au début de l’histoire, la sœur d’Alice tente de lui lire un livre d’histoire, mais la petite Alice n’écoute rien, son oiseau bleu à elle se révèle être un lapin blanc qui l’entraîne au Pays des Merveilles. Et pour illustrer le poème de Sabine-Alice, partie trop tôt vers ses propres histoires merveilleuses, je vous propose une illustration de Thomas Kinkade, qui fait un travail fabuleux et fourmillant de couleurs avec l’univers des films Disney, allez tout de suite voir ses peintures si vous ne les connaissez pas ❤

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