Un peu de poésie toute mignonne : Ma petite chaise

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Bien le bonjour bande de gens, j’espère que vous allez bien ! Je peux confirmer dès aujourd’hui que je suis de la race des étourdies : j’ai oublié mon portable chez mon frère, la moitié de ma liste de courses (en ayant emporté ma liste de courses), la lessive en partant au lavomatic, mon porte-monnaie en repartant de chez une amie, j’en passe et des meilleures, tout ça en quelques jours ! Mais ce que je trouve encore plus étrange, c’est que je colle à fond au cliché de la souris de bibliothèque minuscule et maladroite ^^’

Trêve de plaisanteries, nouveau samedi, nouvelle poésie ! Cette fois-ci, j’ai pris une liste de poètes classés par ordre alphabétique, j’ai pioché au hasard, et la troisième fois fut la bonne (oui, j’ai eu du mal à trouver de poème qui me plaise). Maintenant on va parler de Louis-Honoré Fréchette, poète, dramaturge, écrivain et homme politique québecois, né en 1839 et mort en 1908. En 1880, il est le premier Canadien-français à remporter le prix Montyon de l’Académie française pour son recueil de poèmes intitulé Les Fleurs boréales. Il a la chance de rencontrer son idole, Victor Hugo, qui lui accorde une entrevue. Malheureusement, il est victime d’une campagne de dénigrement de la part de ses ennemis qui l’accablent de critiques sous l’accusation de plagiat. Plutôt que sa poésie et son théâtre, admirés au XIXe siècle, il est aujourd’hui apprécié pour ses contes et ses polémiques. La liste de ses poèmes contient un nombre astronomique de titres-dédicaces, ou de titres sur la nostalgie du Québec (une faillite l’oblige à s’exiler plusieurs années à Chicago). Le poème que je vous ai choisi est nostalgique lui aussi, mais je le trouve très mignon aussi, vous allez comprendre ^^ Voici, extrait du recueil Les Oiseaux de neige, « Ma petite chaise » :

Dans l’ombre, autour de moi quand le soir est tombé,
Je regarde souvent d’un œil mélancolique
Un pauvre petit meuble, une ancienne relique
Qui retient longuement mon esprit absorbé.

Et quand le souvenir penche mon front courbé,
Oubliant de l’objet la forme un peu rustique,
Mon rêve ému revêt d’un nimbe poétique
Cette épave qui fut ma chaise de bébé.

Ah ! c’est que j’y revois mon enfance éphémère,
Le souris paternel, le baiser de ma mère…
Et je songe pensif au glorieux retour,

Quand dans ses bras ouverts ― inoubliable fête ! ―
D’autres bébés joufflus, anges à blonde tête,
Enfants de mes enfants s’assiéront à leur tour.

Un petit sonnet en alexandrins comme je les aime, avec un sujet peu banal pour ne rien gâcher. On pourrait croire avec la première strophe que c’est un poème d’amour, quitte à raconter un amour d’enfance, mais c’est encore plus simple. Une chaise de bébé qui fait tout à coup irruption, ça paraîtrait presque ridicule, mais l’objet se retrouve sublimé par le souvenir des parents, et l’espoir des futurs petits-enfants. Baudelaire avait réussi à faire d’une charogne un objet poétique, en prenant le contre-pied de l’idéal de beauté, Fréchette quant à lui l’a fait avec un objet du quotidien, si banal qu’on l’oublie sans problème même s’il se trouve sous nos yeux. Pour moi c’est fort ! Ca me rappelle aussi les poèmes de Francis Ponge, je vous conseille celui sur l’huître qui est magnifique. On pourrait presque voir deux points de vue ici : celui de l’homme pour qui elle est le trésor de son enfance et de sa vieillesse, comme une promesse de renouveau, et celui de la chaise qui a porté des générations de bébés l’une après l’autre, qui ont grandi, sont devenus adultes, et eu des bébés à leur tour. C’est la transmission de quelque chose de tout simple, un vieux meuble qui se décrépit ou qu’on rafistole, mais qui a servi pour nourrir et élever toute la famille ; c’est la transmission d’un beau souvenir, et d’un espoir pour l’avenir. Et pour accompagner le poème, pas de tableau ni de dessin ni de musique, mais une publicité d’il y a 5 ans qui m’avait beaucoup marquée :

Je ne la mets certainement pas pour ceux qui ont fait la pub, je m’en calice et l’idée d’une connexion permanente et d’un monde de machines où on ne prend pas la peine de lever ses fesses me fait horreur, mais la vidéo ! Si ceux qui l’ont faite ne l’avaient pas fait pour la société de consommation aveugle et stupide, je leur aurais fait un gros câlin. Tout dans la vidéo m’avait mis la larme à l’œil, et me rappelle maintenant le poème : la musique douce, la belle voix grave du grand-père qui parle à son petit-fils (j’adore les voix graves), la longue barbe, les vieux pulls en laine (tricotés par grand-mère ?), la passation d’idéaux (on ne sauve pas les baleines grâce à facebook, mais l’idée du grand-père qui souhaite à son petit-enfant d’accomplir de grandes choses est là), jusqu’à revenir à une chose essentielle et toute bête comme le bruit du vent… Alors bien sûr, c’est navrant que tous les instruments et le bric à brac qui entoure les deux personnages soit remplacé par un bête portable, qui ne retransmettra jamais les mêmes émotions. Mais malgré tout… prenez le contexte de la vidéo, la relation grand-père à petit-enfant, c’est du cliché par excellence, mais celui-là c’est un beau cliché, et il fait partie des rares que j’aimerais voir plus souvent (sans portable merci) :3

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