Un peu de poésie harassée : Solitude

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Bien le bonjour bande de gens ! J’espère que vous allez bien ! Je rédige beaucoup d’articles d’un coup aujourd’hui, il faut savoir qu’on est en plein débats avec Punky pour savoir comment on organise nos articles, c’est qu’il faut lui botter le cul si je veux assurer la régularité des publications ! Ne vous inquiétez pas, je le traite bien, il a droit à une chaîne de 10 mètres, une nouvelle bougie toutes les deux semaines, du pain et de l’eau, et un ballon de foot pour discuter, si ça c’est pas des conditions royales u.u

Trêve de plaisanteries, nouveau samedi, nouvelle poésie 😀 Encore une que j’ai trouvée par hasard, de la même veine qu’Un rêve de Bertrand, ou A Dream within a Dream de Poe, celle des imaginaires romantiques pleins du bruissement des chaînes de cachots et des sanglots déchirants :3 François Coppée (non pas Jean-François) ! Il est né en 1842 et mort en 1908, c’est à la fois un poète, un dramaturge et un romancier. Coppée fut le poète populaire et sentimental de Paris et de ses faubourgs, des tableaux de rue intimistes du monde des humbles. Poète de la tristesse à la vue des oiseaux qui meurent en hiver (La Mort des oiseaux), du souvenir d’une première rencontre amoureuse (« Septembre, au ciel léger »), de la nostalgie d’une autre existence (« Je suis un pâle enfant du vieux Paris ») ou de la beauté du crépuscule (« Le crépuscule est triste et doux »), il rencontra un grand succès populaire. Son premier recueil le rattachait au Parnasse, c’est-à-dire le mouvement de l’art pour l’art, la beauté comme Idéal ; cependant, il s’en détache pour une poésie du quotidien. Il a été archiviste de la Comédie Française, puis académicien, et enfin a reçu la Légion d’Honneur. Petit point noir cependant, il a joué une part très active dans le parti nationaliste lors de l’Affaire Dreyfus pour défendre les institutions militaires et religieuses, au mépris du souci de justice qui animait les dreyfusards. Je pourrais le comparer avec Louis-Ferdinand Céline puisque lui aussi avait des opinions douteuses et écrivait très bien… mais ça c’est selon les académiciens, je n’aime pas du tout l’écriture de Céline mais Coppée lui a su me plaire ! Je vous propose donc un de ses premiers poèmes, dans le recueil Le Reliquaire : « Solitude ».

Je sais une chapelle horrible et diffamée,
Dans laquelle autrefois un prêtre s’est pendu.
Depuis ce sacrilège effroyable on a dû
La tenir pour toujours aux fidèles fermée.

Plus de croix sur l’autel, plus de cierge assidu,
Plus d’encensoir perdant son âme parfumée.
Sous les arceaux déserts une funèbre armée
De feuilles mortes court en essaim éperdu.

Ma conscience est cette église de scandales ;
Mes remords affolés bondissent sur les dalles ;
Le doute, qui faisait mon orgueil, me punit.

Obstiné sans grandeur, je reste morne et sombre,
Et ne puis même pas mettre mon âme à l’ombre
Du grand geste de Christ qui plane et qui bénit.

Vous me connaissez, je ne cesserais jamais d’adorer cette atmosphère sombre de tristesse et de désespoir, de ruines abandonnées et de fantômes vagabonds. Ici le poème est un sonnet classique en alexandrins, une forme que j’aime beaucoup puisqu’elle permet si le poète se débrouille bien d’exprimer des sentiments et des émotions très forts en peu de mots. Les blagues les plus courtes sont les meilleures, et j’ai tendance à penser qu’il en va de même avec les poèmes, j’ai beaucoup de mal avec les longues poésies de plusieurs pages, parce qu’elles demandent une grande concentration, même et surtout si elles sont bien écrites. Ce poème est un peu comme une berceuse pour moi, il raconte une légende et en même temps, l’abbaye en ruines et troublée devient une métaphore de l’âme du poète, ou même du lecteur. Il y a tellement d’angoisse et de tristesse qui émane des deux dernières strophes que je ne peux faire autrement que de m’identifier. Pour accompagner ce sonnet, je vous propose un tableau d’Hippolyte Sebron, Intérieur d’une abbaye en ruines, qui date de 1848. Tout y est sombre, mais les couleurs restent magnifiques, entre la froideur solennelle de la nuit, et la lanterne de la jeune femme, qui même si elle est au premier plan semble incroyablement ténue et faible, presque vouée à disparaître dans la scène. Cette femme recherche quelque chose, ou bien est perdue, un peu comme si elle se trouvait dans l’église de scandales du poème de Coppée, comme si elle était la conscience de Coppée perdue au milieu de son puits de doutes et d’angoisses. J’imagine le vent qui siffle entre les arcades. Et pourtant, la scène reste belle, avec de l’espoir puisqu’il reste une lumière, un bout de chaleur et de couleur.

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  1. Enfin quelqu’un qui n’aime pas l’écriture de Céline, alleluia !!! J’ai beau essayer depuis dix ans, rien n’y fait, ça ne me parle pas, c’est confus, je lâche le livre… Très joli poème, très triste oui mais sans tristesse point de poésie 🙂 Et j’adore le tableau aussi, je pourrais me raconter dix histoires à partir de celui-ci.

    • Je n’ai jamais adhéré à Céline, je n’ai jamais compris non plus ce qui en faisait un grand auteur, c’est ma plus grande interrogation au sujet de la littérature ^^’ Ca part dans tous les sens et c’est une plume très désagréable, mais va le dire à mon prof de littérature qui a fait une thèse sur lui…
      Je suis contente que le poème et le tableau te plaisent à toi aussi :3

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