Un peu de poésie mythologique : Lorsque j’errais enfant…

Par défaut

Bien le bonjour bande de gens :3 J’espère que tout roule pour vous ! On se retrouve ce samedi pour une nouvelle poésie, d’un auteur que j’ai découvert totalement au hasard dans une anthologie à demi oubliée parmi mes vieux livres de quand j’étais petite ! A l’époque j’y touchais à peine, aujourd’hui encore je ne suis pas sûre de l’apprécier totalement, mais j’ai déjà plus de goût pour la poésie 🙂

C’est une poésie de Charles Derennes, un écrivain français né en 1882 et mort en 1930. PLus précisément, il fut poète, romancier, essayiste et conteur. Il a été très prolifique, avec un rythme de 2 livres par an en 25 ans de carrière ! Ses poèmes sont apparemment très connus, et ses livres ont toujours été salués par la critique. Je dis apparemment, parce qu’autant il a été reconnu à son époque, autant je n’ai pu trouver que très peu d’infos sur lui, et il semble que certains de ses ouvrages ne soient plus édités ! Il fut particulièrement salué pour son Bestiaire sentimental, une trilogie non romanesque : tout au long de sa vie, Derennes a toujours été fasciné par les animaux, qu’il observe avec passion et minutie depuis tout petit. Les chauve-souris particulièrement le captivent ! J’aimerais beaucoup mettre la main sur cette trilogie si j’en ai l’occasion ^^ Le poème dont je vais vous parler est quant à lui tiré de son premier recueil, publié en 1904, L’Enivrante angoisse : c’est le poème Lorsque j’errais enfant.

Lorsque j’errais enfant sous le ciel radieux,
A travers les forêts et les landes, les dieux
Qu’on vénérait jadis ont reconquis sans peine
Mon jeune coeur ami de leur beauté sereine.
Aujourd’hui je fléchis sous le fardeau des ans.
Le front penché, les yeux ternis, les pieds pesants,
Je rôde tout le jour dans mes prés, solitaire.
Mes compagnons se sont endormis sous la terre ;
Mes fils, devenus grands, loin de moi sont partis,
Je n’ai plus à présent que les dieux pour amis.
Dans la vigne où déjà la feuille devient jaune,
J’ai bavardé longtemps, hier, avec le faune.
Tout le long de l’année, il regarde en voisin
Le pampre verdoyer ou mûrir le raison ;
Les soirs d’octobre, il vient piller mes grappes chaudes.
Je consens à fermer les yeux sur ses maraudes
Et ne l’ai point voulu ouvertement châtier,
Le jour qu’il était ivre au fond de mon cellier.
Quand je vais au ruisseau chercher l’eau des salades
Je surprends les ébats humides des Naïades ;
Nous nous connaissons bien ; je ne les trouble point.
Je les regarde, assis dans le trèfle et le foin
Où déjà la rosée odorante scintille ;
L’une d’elles ressemble à ma plus jeune fille…
Tel, n’ayant d’autre soin que celui de tailler
La branche dont la pousse épuise l’espalier,
Je consacre aujourd’hui le reste de mon âge
Aux nymphes de ces prés, aux Dieux de ce bocage ;
Tel, du matin au soir et du soir au matin,
J’attendrai sans gémir les ordres du destin.
Heureux si, vers le temps que le soleil se glisse
Vers les chemins fleuris de son heureux solstice
Et qu’Adonis surgit de la nuit du tombeau,
Au lieu du vieux péan triomphal, clair et beau,
Que les Grâces chantent près du char d’Aphrodite,
Je n’entends pas le son d’une cloche maudite,
Errant comme un oiseau sinistre dans le ciel,
Annoncer tristement la fête de Noël
Qu’une foule ignorante et stupide prépare
Aux dieux obscurs venus de l’Orient barbare.

J’aime beaucoup l’atmosphère qui se dégage de ce poème. Les créatures mythologiques n’y sont pas présentes comme des miracles ou des merveilles, elles sont là simplement. Elles font partie du paysage. On est partagé entre la solitude et la nostalgie du poète, et sa tranquillité heureuse devant la nature qui l’entoure. Il y a une sorte de bienveillance mutuelle, un accord tacite entre le vieil homme et les créatures ; voire un accord avec la vie elle-même, l’homme est en paix. Les jours se répètent, mais il profite de chacun, pas forcément comme si c’était le dernier mais plutôt comme si ça n’avait plus d’importance, dans le sens où ce n’est pas une source d’inquiétude. L’automne approche, référence peut-être à l’automne de sa vie, et à la mort qui arrivera avec l’hiver ? La fin du poème semble le confirmer, avec cette allusion mélancolique à la fête de Noël, qui vient troubler un rythme millénaire, plusieurs fois brisé déjà. Le vieil homme dévoile un petit côté misanthrope avec la « foule stupide et ignorante » qui vénère des dieux obscurs sans voir ce qui se trouve sous ses yeux. Noël est associé à la mort, ce n’est pas la naissance de Jésus, fils de Dieu venu de « l’Orient barbare », mais au contraire la mort des dieux grecs et romains par le christianisme, la mort de la nature et du divin dans toute chose. Ce n’est qu’une interprétation personnelle, mais je l’aime bien. Quelque part, ce poème invite à profiter de la vie et des choses essentielles, et pas seulement à certains jours de l’année. Carpe diem ❤

Pour accompagner ce poème, je suis tombée sur deux tableaux qui représentent le même épisode mythologique, et je n’ai pas pu me résoudre à faire un choix entre les deux ! Le premier est d’Henrietta Rae en 1910, le second est un peu plus ancien, peint par Waterhouse en 1896 (je vous avais déjà parlé de lui, je vous mets le lien ici). Les deux tableaux montrent l’épisode d’Hylas séduit par les nymphes. Hylas était un jeune homme d’une grande beauté, à tel point qu’Hercule, après l’avoir pris sous son aile pour en faire un guerrier, en fit aussi son amant. Mais un jour, Hylas parti chercher de l’eau croise le chemin des Pèges, des nymphes de l’eau. Séduites à leur tour par sa beauté, elles l’enlèvent. Hercule fou de douleur le cherche sans répit avec l’aide d’un de ses compagnons, Polyphème, mais en vain : on ne trouve trace ni d’Hylas ni des nymphes. On raconte que ce serait parce que le jeune Hylas, séduit à son tour par les nymphes, aurait choisi de rester avec elles. Hercule l’ignorant, il demande à Polyphème, qui reste dans la région pour fonder une ville, de continuer à chercher. Un culte est créé, et pendant de nombreuses années des prêtres parcoururent la campagne en criant le nom d’Hylas. C’est une belle histoire non ? Je me demande si le vieil homme du poème disparaît ainsi : au lieu de mourir, il demeure auprès des Nymphes qu’il observe, jusqu’à se fondre dans la nature… Et vous, qu’en pensez-vous ? Lequel des deux tableaux préférez-vous ? 🙂

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s