Premières lignes… #24

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Nouveau dimanche, nouvelle découverte ! Je continue le rendez-vous que j’ai trouvé chez Book & share, et inauguré par le blog Ma Lecturothèque 🙂 Le principe de ce post est de prendre un livre chaque semaine pour vous en citer les premières lignes.

Ayez pitié de Boabdil, Roi de Grenade, dernier seigneur maure de la péninsule ibérique, chassé du foyer qu’il avait gagné de haute lutte, forcé de courber l’échine devant les murs de sa propre ville par un souverain espagnol. Une fois la paix signée par les rois et le pape, il ne lui restait plus qu’à s’incliner devant son adversaire et à embrasser sa bague. Le vainqueur était supposé refuser sa reddition, afin de préserver quelque bribe de son honneur déjà malmené, mais le chrétien oublia manifestement cette clause en tendant ses doigts potelés au Maure. Trop tard. Le sceau du roi Ferdinand avait le goût du sel – tout comme le détroit que Boabdil franchirait bientôt – et sa femme, aussi pâle qu’un oignon, se permit de toiser le Maure lorsqu’il se releva.
L’ignoble marin génois qui rôdait autour d’Isabella comme une mouche autour d’un pot de chambre se tenait non loin et, lorsqu’il croisa son regard, Boabdil comprit que le bâtard buriné imaginait sa vénérable tête sur une pique. Lors de la signature de l’armistice, le roi avait signalé que l’explorateur comptait gagner l’Inde en partant dans la direction opposée, mais Boabdil ne s’en souvint qu’à présent que l’homme le scrutait. Avec un peut de chance, le Génois s’y noierait.
La passation de pouvoir se poursuivit, tout en pompe et en défilés, un Boabdil vaincu s’inclinant aux moments appropriés tandis que la procession, chargée d’une pesante croix d’argent, se retenait à grand-peine de tirer la langue aux Maures qui quittaient la cité. Bien entendu, le traité comprenait plusieurs articles garantissant les droits des Maures qui souhaiteraient rester à Grenade ou dans les environs, promettant qu’ils ne subiraient aucune pression à être convertis et resteraient protégés, comme ils l’avaient été jusque-là. Naturellement, chacun de ces articles serait ignoré et violé avant que les moustaches de Boabdil n’eussent laissé paraître leurs premiers poils blancs.

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