Un peu de poésie cauchemardesque : Un rêve

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Bien le bonjour bande de petits êtres de lumière, comment vous portez-vous aujourd’hui ? On se retrouve pour du samedi et de la poésie, mais avant j’en profite pour vous reposer la question : est-ce que vous aimeriez que dans une semaine, j’écrive une fanfic en rapport avec le fanart d’Harry Potter que j’ai posté il y a trois semaines ?

Pour ce samedi, je vous propose un poème en prose d’Aloysius Bertrand, que j’ai découvert tout à fait au hasard en cherchant des exemples pour une dissertation de littérature. J’ai été conquise *w* Pour la petite histoire, Louis Jacques Napoléon Bertrand, dit Aloysius Bertrand, est un poète, dramaturge et journaliste français, né en 1807 et mort en 1841. Il ne put trouver sa place dans le groupe des romantiques parisiens (Deschamps, Hugo,..) malgré son talent, car il avait trop honte de sa pauvreté, et il était trop fier. Il faut dire qu’il avait la charge de sa mère et de sa soeur, et celles-ci se montraient exigeantes voire tyranniques avec lui. Bertrand échoue plusieurs fois à faire publier son recueil de son vivant ; tombé dans la misère et atteint de la tuberculose, il finira par mourir à l’hôpital. Gaspard de la nuit finit par être publié en 1842, mais se vend pour à peine une vingtaine d’exemplaires. La reconnaissance n’arrive qu’au XXème siècle, mais Baudelaire déjà l’admire et s’en inspire beaucoup : Aloysius Bertrand est considéré comme l’inventeur du poème en prose, que Baudelaire reprend après lui (cliquez ici pour en voir un très bel exemple).

Sans plus attendre, le poème, intitulé « Un rêve ». Je ne saurais vous dire à quel point je l’adore, moi qui suis fan des thèmes oniriques et gothiques-romantiques. Le rêveur se fait conteur et fait appel à la vue, à l’ouïe, à l’imagination. La scène reste cohérente malgré la confusion qui règne, entre trois lieux, sons et personnages, et on a vraiment l’impression de retrouver les cauchemars qu’on a pu faire soi-même. C’est un monde inquiétant, emprunt de mort et d’une sorte de curiosité morbide. La barbarie des supplices se mêle au mysticisme. Et à la fin, le rêve se délite et le dormeur se replonge dans un profond sommeil. Ce poème est merveilleusement bien écrit, les termes, les sons, la musique des mots, la description saisissante des scènes et des personnages… Pour moi, il évoque bien plus de choses qu’il n’en dit, et ça c’est merveilleux. J’ai beaucoup hésité, pour l’accompagner, à vous proposer L’abbaye dans une forêt de chênes de Caspar David Friedrich, qui irait magnifiquement bien ici. Mais je vous en ai déjà parlé, et comme je veux découvrir et vous faire découvrir, j’ai fini à force de recherche par trouver cette belle eau-forte d’Albert Besnard, Le pendu. Et je vous conseille d’aller jeter un oeil à ses autres oeuvres, qui sont toutes un peu dans le même style, et qui m’ont tout autant séduite que le poème :3

 

     J’ai rêvé tant et plus, mais je n’y entends note.
Pantagruel, livre III.

Il était nuit. Ce furent d’abord, – ainsi j’ai vu, ainsi je raconte, – une abbaye aux murailles lézardées par la lune, – une forêt percée de sentiers tortueux, – et le Morimont(*) grouillant de capes et de chapeaux.

Ce furent ensuite, – ainsi j’ai entendu, ainsi je raconte, – le glas funèbre d’une cloche auquel répondaient les sanglots funèbres d’une cellule, – des cris plaintifs et des rires féroces dont frissonnait chaque fleur le long d’une ramée, – et les prières bourdonnantes des pénitents noirs qui accompagnent un criminel au supplice.

Ce furent enfin, – ainsi s’acheva le rêve, ainsi je raconte, – un moine qui expirait couché dans la cendre des agonisants, – une jeune fille qui se débattait pendue aux branches d’un chêne, – et moi que le bourreau liait échevelé sur les rayons de la roue.

Dom Augustin, le prieur défunt, aura, en habit de cordelier, les honneurs de la chapelle ardente; et Marguerite, que son amant a tuée, sera ensevelie dans sa blanche robe d’innocence, entre quatre cierges de cire.

Mais moi, la barre du bourreau s’était, au premier coup, brisée comme un verre, les torches des pénitents noirs s’étaient éteintes sous des torrents de pluie, la foule s’était écoulée avec les ruisseaux débordés et rapides, – et je poursuivais d’autres songes vers le réveil.

(*) C’est à Dijon, de temps immémorial, la place aux exécutions.

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