Un peu de poésie entre frères et soeurs : Quatre âges / Evelyn Evelyn

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Salutations jeunes gens, j’espère que vous allez bien !  En cherchant ce que j’allais vous proposer aujourd’hui, je suis tombée sur cette poésie qui m’a littéralement fait beuguer. A la base, je vous cherchais une poésie de René Char que j’avais étudiée au collège et qui me trotte parfois dans la tête. Pour vous faire un petit topo, René Char est un poète et résistant français, né en 1907 et mort en 1988, et qui se rattache au courant artistique du surréalisme. Bref, j’ai trouvé par hasard cet autre poème, très court, qui m’a à la fois frappée et beaucoup plue. Si je ne me trompe pas, il s’appelle « Quatre âges », et vient du recueil Placard pour un chemin d’écolier, publié en 1937 et dédié aux « enfants d’Espagne » (c’était l’époque de la guerre civile espagnole). Et je tiens à dire que ce titre me fait absolument et délicieusement penser à Narnia 😀 J’ai cherché sur Internet une analyse qui me permettrait d’y voir un peu plus clair dans le poème, mais malheureusement, je n’ai pas trouvé grand chose, sinon ceci : Char a écrit plusieurs poèmes portant le titre « Quatre âges », et il semblerait qu’il ait voulu fixer par ce titre 4 moments de la vie : l’obsession de la chair, les rapports ambigus entre frère et soeur, la force de l’âge et l’assoupissement.

J’aime beaucoup ce poème, en très peu de mots il est puissant, presque menaçant. La soeur commet un acte impardonnable pour une raison futile, qui fait douter de sa santé mentale ; la réponse du frère semble touchante, douloureuse et pleine d’amertume dans un premier temps, mais si on l’interprète au sens charnel et ambigu, cela semble presque tout autant impardonnable. L’un et l’autre, au-delà des liens de sang, sont unis dans le crime et dans une relation passionnelle assez étrange, c’est comme s’ils étaient dépassés par la force de leurs pulsions. J’ai parfaitement conscience que ça peut sembler très morbide, mais je trouve ce poème magnifique.

J’ai étranglé
Mon frère
Parce qu’il n’aimait pas dormir
La fenêtre ouverte

Ma soeur
A-t-il dit avant de mourir
J’ai passé des nuits pleines
A te regarder dormir
Penché sur ton éclat dans la vitre.

Je voudrais vous proposer une ouverture du coup, sur un ton un peu différent, mais tout aussi complexe. J’ai hésité à en faire un article à part, parce qu’il faut dire que ça le mériterait, mais je meurs d’envie de vous en parler tout de suite, alors tant pis, ce sera juste un peu plus long que prévu 🙂 Je voudrais vous parler de la chanson Evelyn Evelyn, du groupe du même nom : c’est un duo musical formé par Evelyn et Evelyn Neville, jumelles siamoises. Ces jumelles sont en réalité jouées par Amanda Palmer (de The Dresden Dolls) et Jason Webley, habillés dans un vêtement commun. Ils ont monté toute une histoire, très bien fichue, autour de leurs personnages que je vous conseille de regarder sur leur page Wikipédia. Et donc, leurs chansons parlent justement des jumelles siamoises, le lien qui les unit, mais aussi le besoin impossible d’intimité et l’envie d’être parfois seule. J’aime énormément les paroles de cette chanson (je vous les mets en-dessous de la vidéo, c’est important pour comprendre ce qui s’y dit, le dialogue entre les deux soeurs et les deux points de vue exprimés). Il y a eu plusieurs travaux d’animation de cette chanson sur Youtube, et celui-ci remporte ma préférence bien qu’il ne mette pas la chanson en entier : c’est le plus beau :3 Il exprime à merveille la violence des sentiments, de la frustration, du besoin à la fois d’être seule et ensemble.

Evelyn, Evelyn,
Why do we bother to stay?
Why are you running away?
Don’t you feel like severing?
Everything’s just come together at last.
It’s broken, I don’t want to play.

We grew up closer than most.
Closer than anything, closer than anything.
Shared our bed and wore the same clothes.
Talked about everything, spoke about so many things.

What shall we wear tonight? What shall we eat today?
Can we go ice skating? But we just did that yesterday.
Should we be firemen? Can we be astronauts?
What if they find us? They’re not looking anyway.

Fill my glass, let’s drink a toast.
This is our birthday, so why are we weeping?
At your side, I feel like a ghost.
I wake up first, and I stare at you sleeping.

What shall we wear tonight? What shall we eat today?
Do you think I should marry him? But we just met him yesterday.
Should we be movie stars? Will we be millionaires?
I want to be famous. They’re watching us anyway.

We grew up so very close.
A parasite needs a host.
I’m only trying to do what is best for us.
Well, I never asked for this, I never wanted this.
All that I want is some time to myself.
Looking in your eyes, I’m coming home.
Just get away from me, please just stop touching me.
You’re always trying to be somebody else.
Now I realize I’m not alone.
Well, you’re only scared of me.
But you never cared for me.
Why don’t you let me free?
‘Cause you’d never dare to be.
‘Cause you never listen, you’re always insisting.
(I’m just/just stop) reminiscing,
I feel something missing.
I just want (you here with me/my privacy),
God (can’t we just get along/won’t you leave me alone)?

 

 

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