Les liaisons dangereuses

Par défaut

Bien le bonjour les gens 🙂 J’espère que vous allez bien et que vous appréciez le beau temps ! De mon côté, faudrait que je pense à ouvrir les volets… un jour 😛

On se retrouve pour une nouvelle chronique littéraire ! Ca faisait un moment que je voulais lire Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, un roman épistolaire publié en 1782 s’il-vous-plaît. L’auteur l’avait écrit pour dénoncer le libertinage et le stigmatiser, manque de pot les gens l’ont pris comme un éloge des libertins, tant il a fait scandale. Oeuvre majeure du XVIIIème siècle, elle a pourtant été oubliée pendant le XIXème, et redécouverte seulement au siècle suivant. Et parce que j’ai des goûts bling-bling, je l’ai pris dans une petite édition très sympathique, La bibliothèque du collectionneur : petit format, signet rouge et pages frangées d’or pour 14€, ou comment se la péter dans le métro parisien ^^ L’oeuvre a été adaptée en film en 1989 (il n’a pas du tout vieilli, la date m’a surprise) avec Keanu Reeves, Michelle Pfeiffer, Glenn Close et Uma Thurman. Je vous le conseille, il est ex-cellent 😉 Elle a aussi été adaptée en manga il y a 2 ou 3 ans, Le Vicomte de Valmont, en 2 tomes seulement. Mais évidemment que je vais aller le lire 😀

Résumé : Au petit jeu du libertinage, Valmont et Madame de Merteuil se livrent à une compétition amicale et néanmoins acharnée: c’est à celui qui aura le plus de succès galants, et le moins de scrupules. Peu importent les sentiments, seule la jouissance compte. Les conquêtes se succèdent de part et d’autre, jusqu’à ce que Valmont rencontre la vertu incarnée : la présidente de Tourvel. Elle est belle, douce, mariée et chaste : en un mot, intouchable. Voilà une proie de choix pour Valmont ! Quant à Mme de Merteuil, elle cherche à se venger d’un ancien amant, qui doit bientôt épouser la jeune et innocente Cécile de Volanges qui sort tout juste du couvent. Quel scandale si sa précieuse épouse lui arrivait déflorée par un autre que lui !

De mea sententia (oui je le dis en latin pour changer) : 

Alors pour ceux qui se demandent, la couverture utilise une oeuvre du peintre suédois Nicolas Lavreince, Le déjeuner en tête à tête. Très bon choix, et c’est le bon siècle pour ne rien gâcher, j’aime beaucoup !

On a toujours une appréhension en lisant les livres « classiques », d’autant que j’avais eu des premiers avis assez négatifs. Mais je ne regrette absolument pas de m’être lancée dans cette lecture ! Ce livre est écrit d’une façon absolument magnifique, la lange n’est pas compliquée, elle est juste… belle ! Lire ces lettres, c’est redécouvrir la langue française sous une de ses plus belles formes, dans un style clair, marquant et mordant comme on les aime ^^ Et clairement, les paroles coquines du XVIIIème siècle sont bien plus piquantes que le très beauf « Eh mademoiselle ! »

Lettre 59 (Valmont à Merteuil) : …Je viens de recevoir une invitation fort pressante de la comtesse de B, pour aller la voir à la campagne ; et, comme elle me le mande assez plaisamment, « son mari a le plus beau bois du monde, qu’il conserve soigneusement pour les plaisirs de ses amis ». Or, vous savez que j’ai bien quelques droits, sur ce bois-là…

Lettre 63 (Merteuil à Valmont) : …Allez revoir, si vous êtes tenté, le bois du comte de B***. Vous dites qu’il le garde pour le plaisir de ses amis ! Cet homme est donc l’ami de tout le monde ?

L’histoire en elle-même est suffisamment bien construite pour tenir en haleine, complexe sans pour autant se perdre, et avec des petits récits qui viennent ajouter du piment à l’histoire, comme l’histoire de M. de Prévan. Mais surtout, ce sont les personnages qui en font tout le sel. Et dans l’ordre des citations que je veux vous partager, je vous propose de commencer par Mme de Tourvel, la cible numéro 1 de Valmont pour parler crûment. Elle est droite, vertueuse, mais pas rébarbative, bien au contraire : on se passionne vraiment pour elle. Les lettres de Valmont éclairent les siennes et montrent à quel point ses émotions sont puissantes. Elle a une véritable éloquence dans ses lettres, et une franchise absolument désarmante. C’est le personnage avec lequel j’ai eu le plus d’empathie personnellement.

Ce que vous appelez le bonheur, n’est qu’un tumulte des sens, un orage des passions dont le spectacle est effrayant, même à le regarder du rivage. Eh ! comment affronter ces tempêtes ? comment oser s’embarquer sur une mer couverte des débris de mille et mille naufrages ! Et avec qui ? Non, Monsieur, non je reste à terre ; je chéris les liens qui m’y attachent.

Un personnage absolument fascinant, c’est la marquise de Merteuil. La lettre LXXXI particulièrement raconte la genèse du personnage, c’est l’une des plus célèbres, l’une des plus alléchantes, et l’une de celles qui a fait le plus scandale pour l’époque : la marquise s’affirme comme une femme indépendante, et se servant des hommes pour assurer son indépendance, elle est calculatrice et méthodique. Je ne sais pas s’il faut la qualifier de froide, au vu des dernières lettres et de la fin du livre, je pense que non. En tout cas, elle a une grande puissance intellectuelle, et un grand empire sur elle-même, il faut vraiment lire entre les lignes pour avoir une idée de ce qu’elle pense ; si Mme de Tourvel était celle qui me correspondait, Merteuil est celle que j’admire.

Les sots sont ici-bas pour nos menus plaisirs

Ensuite j’ai été chez la fille. Vous ne sauriez croire combien la douleur l’embellit ! Pour peu qu’elle prenne de coquetterie, je vous garantis qu’elle pleurera souvent : pour cette fois, elle pleurait sans malice.

Combattant sans risque, vous devez agir sans précaution. En effet, pour vous autres hommes, les défaites ne sont que des succès de moins. Dans cette partie si inégale, notre fortune est de ne pas perdre, et votre malheur de ne pas gagner.

Valmont, ancien amant de la marquise, et le seul à qui elle est susceptible de confier ses secrets ! Pas de feeling particulier avec lui comme avec ces dames, mais il ne laisse pas non plus indifférent, loin de là. C’est surtout lorsqu’il joue avec ses proies qu’il est magnifique, et il l’est encore plus dans sa fureur à obtenir Mme de Tourvel.  Il en est presque touchant à la fin, et son grand final est implacable et machiavélique, ni plus ni moins.

Il n’est plus pour moi de bonheur, de repos, que par la possession de cette femme que je hais et que j’aime avec une égale fureur. Je ne supporterai mon sort que du moment où je disposerai du sien.

Ce sont ces trois personnages que j’ai trouvé les plus éloquents, les autres m’intéressent moins, quoique Mme de Volange donne l’exemple d’une mère attentionnée, puisqu’elle prend vraiment à coeur le bonheur de sa fille. La tante de Valmont inspire d’emblée la sympathie par ses conseils, et l’expérience due à son grand âge, sans que cela paraisse être une prétention pédante. Le chevalier Danceny est dégoulinant de bons sentiments, pas grand chose à dire sinon que les lettres vraiment intéressantes sont celles de la fin. L’auteur a choisi de ne pas s’étendre sur la correspondance amoureuse de Danceny et de Cécile, on ne l’en remerciera jamais assez ! Finalement, Cécile de Volange : ses lettres témoignent de son peu de connaissance du monde, elles n’ont pas de véritable éloquence, de parler croustillant, ou même de paroles bien tournées comme on les trouverait dans les autres lettres. Heureusement que ses lettres ne sont pas longues, si tout le livre avait été pareil, ç’aurait été laborieux. Elle est assez naïve et passive, c’est un personnage qui aurait peut-être dû être à plaindre, mais dans les faits, sa naïveté ne peut pas excuser sa conduite, quand bien même son éducation l’aurait expliquée. Elle est extrêmement influençable, une éponge par excellence, elle ne donne pas l’impression de penser par elle-même, ou plutôt si : elle se conforte aux avis qui vont dans le sens de son plaisir pour se justifier et ne pas se tracasser. Et cette naïveté en devient presque effrayante, un peu comme celle d’un enfant qui tue un chat parce qu’il ne se rend pas compte de son acte.

Il ne me reste plus qu’à vous parler du film ! Excellent à tous les points de vue, que ce soit le respect des codes de l’époque, du caractère des personnages, de la langue, de l’intrigue, tout y est ! Le jeu d’acteur est impeccable, vraiment il est génial ; et si vous avez eu du mal avec le livre, ou à l’inverse si vous voulez une entrée en matière pour mieux profiter du livre ensuite, je vous le conseille.

"

  1. Tu as tellement bien cerné le contenu du livre que j’ai eu l’impression de le relire à travers tes mots. C’est vraiment super !!! Tu as fait des études littéraires pour savoir aussi bien analyser une oeuvre?

    • Je fais des études littéraires et historiques, mais je ne suis pas très douée ^^’ On avait un peu parlé du livre, le personnage de Cécile nous servait d’exemple à travers l’idée que Baudelaire s’en faisait. Ca et le fait d’avoir vu le film, je suppose que comme je connaissais déjà l’histoire et les personnages, donc j’ai pu me concentrer un peu mieux sur le livre et le style en lui-même que ce n’est le cas d’habitude 😀 En tout cas, je suis super contente que l’article te plaise, merci beaucoup pour ton commentaire !

      • C’est normal je suis vraiment touche par cet article. Je suis en train de relire les liaisons grâce à ton analyse c’est tellement intéressant! ! Merci beaucoup de votre analyse brûlante

  2. N’oublie pas de mentionner que le film de Stephen Frears dont tu parles est la meilleure adaptation littérale de ce roman épistolaire et qu’il a gagné 3 Oscars, notamment celui du Meilleur Scénario d’adaptation pour Christopher Hampton !
    Et ne pas oublier non plus toutes les autres adaptations, plus ou moins réussies certes, mais qui je trouve, apportent un angle particulier et/ou fantaisiste bien agréable à ces personnages, tout en faisant encore et encore re-découvrir cette oeuvre magnifique :
    – « Valmont », de Milos Foroman, avec un Colin Firth déjà presque parfait à ses débuts (ah ben oui, je suis une fan qui se respecte ! ;P Mais la coupe de cheveux, c’est pas possible…)
    – « Sexe intentions », de Roger Kumble (très bons acteurs que vous reconnaitrez ; la BO est super top !)
    – « Clueless », d’Amy Heckling (complètement loufoque et parodie des films dits « teenagers » bien sûr)
    – et tant d’autres…

  3. Je rectifie : « Clueless » est une adaptation d' »Emma » de Jane Austen (je venais de lire ton article dessus, ça m’a trompé).
    J’aurais dû parler de « Les liaisons dangereuses » de Roger Vadim, aussi scandaleux à sa sortie (1960) que le livre, puisqu’il a été interdit dans plusieurs salles.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s